Manicomio Di R.

Récit

Nous sommes en Italie depuis plusieurs jours maintenant et nous poursuivons notre périple « ritalien ». Nous allons nous attaquer à un monstre de l’urbex, le deuxième gros spot de notre programme.

Fait rare, nous ne savons absolument pas comment aborder cet ancien hôpital psychiatrique et nous savons que les accès d’origine sont condamnés !

Par chance, mon contact allemand a le même programme que nous avec un jour de décalage, nous aurons donc des nouvelles par téléphone. Nous attendons toute la journée de ses nouvelles, mais le temps presse, donc nous devons attaquer le spot de très bon matin, et à 18h30, toujours pas d’appel. Tant pis, nous irons voir par nous-mêmes.

Et enfin, le coup de fil miraculeux… Ils sont entrés et ont trouvé un accès particulièrement difficile. Après nous l’avoir brièvement décrit, nous recevons par e-mail un plan dessiné à la main, avec un niveau de précision hallucinant, qui ferait passer les cambrioleurs de banques pour des amateurs ! Je compare le plan Google Maps avec le plan de mon contact mais je suis loin de m’imaginer ce qui nous attend.

Grosse soirée, bons repas à l’italienne et dodo tardif… Je peux vous dire que le réveil de 3h30 n’était absolument pas mon ami !! Mais l’excitation prime sur la fatigue accumulée depuis plusieurs jours… C’est parti.

Nous nous garons à presque 1 kilomètre de l’accès et nous devons traverser un champs d’herbes hautes pour rejoindre un ancien chemin qui mène au portail arrière. Première épreuve, l’herbe est tout simplement trempée ! Il ne fait pourtant pas froid, mais la fatigue et l’eau qui imbibe mes chaussures couplées à l’excitation de l’infiltration me provoquent des frissons ! Nous rejoignons le chemin attendu et j’ai le temps de profiter de la centaine de mètres qui nous amène au portail arrière pour apprécier la flaque d’eau qui s’est formée dans mes chaussures… Quel plaisir !!

Nous arrivons face à la grille et, bien que plongés dans l’obscurité de la nuit et sans lumière, qui pourrait trahir notre présence, nous réalisons l’épreuve qui nous attend. La grille est haute, très haute ! Entre 4 et 5 mètres et son sommet est bien évidemment protégé par les traditionnels pics de métal. Nous avons, pendant un court instant, l’idée de rebrousser chemin.

Mais non… impossible de s’y résigner. Un bon urbexeur doit malheureusement parfois faire fi de la sécurité pour arriver à ses fins ! Nous escaladons la grille, avec sur le dos, le poids des sacs remplis de matériel et des trépieds. Une fois arrivé de l’autre côté, le froid n’est plus mon ennemi, bien au contraire, l’excitation et l’action m’ont mis au maximum !

Nous tombons nez à nez avec un troupeau d’une trentaine de têtes de moutons… Sachez qu’en Italie, il est tout à fait normal d’utiliser des moutons comme système de sécurité ! 😀

Nous prenons soin de les éviter afin qu’ils ne prennent pas peur et ne se mettent à hurler. Nous voyons, dans ce qui forme l’ancien parc, les différents bâtiments qui forment l’hôpital… Mais ces bâtiments secondaires ne nous intéressent pas, nous savons que nous n’y trouverons rien. Nous continuons, toujours dans le noir, à avancer jusqu’à nous confronter au bâtiment principal, but ultime de notre périple de commando d’une nuit. Nous escaladons une deuxième grille, en suivant les plans, jusqu’à présent parfaits, de mon contact, et comprenons tout de suite ce que nous allons devoir faire. Je n’expliquerai pas en détail l’accès au bâtiment, mais me contenterai de cette photo qui je pense, parlera d’elle même.

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Une fois entrés dans le bâtiment, le premier contact est, comment dire… glacial ! Nous tombons nez à nez avec un tibia humain ! Comme vous pouvez l’imaginer, l’ambiance d’un hôpital psychiatrique italien n’est naturellement pas très joyeuse, mais lorsque l’on croise ce genre de chose, on est tout droit plongé dans un film d’horreur !

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Peu importe… nous continuons et découvrons, avec émerveillement, ce lieu si particulier, si chargé d’histoire et si intéressant pour les photographes anthropophobes que nous sommes. Les lignes, les couleurs et les textures se dessinent dans ces longs couloirs au rythme du lever du soleil. C’est à la fois impressionnant et absolument terrorisant… Des appareils de traitement psychiatrique d’un autre âge (traitement par électrodes), des cellules d’un froid absolu, des salles, qu’on imagine de vie commune, sans aucune fenêtre ni lumière…

Pas une pièce sans peintures craquelées, moisissures dessinées comme des fractales et plafonds acculés par les âges et prêts à s’effondrer. C’est pour ça que nous avons fait tant de kilomètres, nous nous délectons de cette ambiance absolument fantastique.

Le spectacle final s’offre à nous lorsque nous arrivons dans les jardins intérieurs du bâtiment (la bâtisse est construite comme un 8) et que nous nous confrontons avec stupéfaction à la force que la nature peut donner pour reprendre ses droits sur un espace. Tout est vert et luxuriant, cette scène aurait pu servir de source d’inspiration pour les films post-apocalyptiques à gros budget que nous connaissons tous.

Croyez-moi mes amis, l’essence même de l’urbex est là… Rien ne manque, rien n’est de trop… la juste mesure entre traces de vies et forces de la nature !

 

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