Château de Sammezzano, Toscane – Le rêve orientaliste englouti
Perché sur une colline boisée près de Leccio, dans la commune de Reggello (province de Florence), le Castello di Sammezzano est l’un des exemples les plus extravagants et méconnus de l’architecture Moorish Revival (orientaliste) en Europe.
Ses origines remontent au XVIIe siècle, lorsqu’un noble espagnol de la famille Ximenes d’Aragon y fit construire une résidence de chasse. Mais c’est au XIXe siècle que le lieu prend toute sa dimension : entre 1853 et 1889, le marquis Ferdinando Panciatichi Ximenes d’Aragona, homme politique, botaniste et passionné d’art oriental, transforme radicalement le palais. Inspiré par l’Alhambra de Grenade, les motifs arabes, les symboles maçonniques et même indiens, il crée un véritable palais des mille et une nuits au cœur de la campagne toscane.
Pendant plus de quarante ans, le marquis consacre une fortune colossale à cette œuvre personnelle : plafonds sculptés, arcs en dentelle de stuc, mosaïques multicolores, salles thématiques, arabesques infinies et jeux de lumière. Chaque pièce devient un kaléidoscope de couleurs et de géométries, où l’Orient rêvé rencontre la Renaissance italienne.
Après la mort du marquis, le château connaît une vie mouvementée : il est transformé en hôtel de luxe dans les années 1970, puis fermé définitivement vers 1990. Depuis plus de trente ans, il reste à l’abandon, livré à l’humidité, à la poussière et au lent travail du temps. Classé bien d’intérêt public, il a fait l’objet de nombreuses tentatives de sauvetage et de ventes aux enchères infructueuses, sans qu’une reconversion durable ne voie le jour.
Ces photographies capturent l’état actuel de ce joyau oublié : la splendeur fanée des décors encore intacts, la lumière qui perce à travers les fenêtres brisées, les motifs qui s’écaillent, les salles vides où résonne désormais le silence. Au-delà du délabrement, on perçoit encore l’ambition démesurée d’un homme qui voulut créer un rêve architectural unique.
Sammezzano reste aujourd’hui un témoignage poignant de la fin d’une époque : celle où un aristocrate pouvait transformer une simple villa en un palais des mille et une nuits, avant que le temps et l’oubli ne reprennent leurs droits.



































