L’Histoire du Château de Moulbaix en Belgique
Au cœur du Hainaut wallon, dans le petit village de Moulbaix – une seigneurie du comté de Hainaut nichée au sud d’Ath –, se dresse le château de Moulbaix, aussi connu sous les noms de Château de la Forêt ou Château du Chasteler. Ce joyau néo-tudor, avec ses tours crénelées et ses 344 fenêtres, n’est pas un vestige médiéval authentique, mais une réinvention romantique du XIXe siècle, bâtie sur les fondations d’un passé féodal tumultueux. Classé au patrimoine de la Wallonie, il incarne l’élégance aristocratique belge, mais son histoire est marquée par des drames familiaux, des incendies et un abandon récent qui en ont fait un paradis pour les urbexeurs avant sa renaissance.
Des Racines Féodales aux Cendres du Moyen Âge : Les Origines
L’histoire de Moulbaix remonte au XIIe siècle, lorsque le village appartient à la famille Hélin de Moulbaix. Une motte féodale, flanquée d’une forteresse et d’une basse-cour, y domine la seigneurie – un fief lige avec haute, moyenne et basse justice, mouvant initialement de la seigneurie de Blicquy. Charles Quint rompt ce lien en 1540 pour récompenser Jean du Chasteler de ses loyaux services, ancrant ainsi la famille Chasteler dans le paysage hennuyer. Dès la fin du Moyen Âge, les du Chasteler possèdent la plus grande partie du bourg et y érigent un château médiéval, dont les vestiges persistent encore dans la propriété actuelle.
La famille, anoblie et influente, laisse son empreinte dans les annales : Guillaume du Chasteler (mort en 1378) est châtelain et gouverneur d’Ath ; deux aïeux, Michel et Robert, périssent à la bataille d’Azincourt en 1415 ; Jean-Gabriel (1763-1825) sert comme général dans l’armée du Saint-Empire ; et Albert-François (1794-1836) joue un rôle clé dans la Révolution belge de 1830. Vers 1502, un hôtel remplace partiellement les structures médiévales, préfigurant les transformations à venir.
Une Renaissance Néo-Tudor : La Splendeur du XIXe Siècle
C’est en 1860 que le château renaît de ses cendres – littéralement. Le marquis Oswald du Chasteler (1822-1865), descendant de cette lignée illustre, commande à l’architecte athois Désiré Limbourg un édifice imposant, implanté sur l’ancienne motte féodale. Inspiré du style Tudor Revival – rare en Wallonie –, le bâtiment adopte un plan rectangulaire flanqué de onze tours d’angle crénelées (circulaires et octogonales), ornées de mâchicoulis, meurtrières, créneaux et échauguettes. Cette façade pittoresque, évoquant les manoirs anglais, masque une construction moderne, avec ses 365 fenêtres (dont beaucoup à remplacer aujourd’hui) et un décor gothique romantique.
Entouré d’un parc de 62 hectares – dont 2 hectares de jardin paysager dessiné par Louis Fuchs, le créateur du Bois de la Cambre à Bruxelles –, le domaine invite à des promenades sinueuses parsemées de chemins courbes et de bosquets. Le Moulin de la Marquise, un peu en retrait, complète ce havre de verdure. Mais la gloire est de courte durée : Oswald décède en 1865, laissant sa veuve et ses enfants face à un destin funeste.
Drames et Ombres : Incendies, Meurtre et Déclin
Le château, à peine achevé, est frappé par la malédiction. Le 23 juin 1888, un incendie dévastateur, causé par la foudre, ravage une bonne partie de l’édifice. La marquise du Chasteler et ses enfants sont hébergés au presbytère du village. Moins d’un an plus tard, le 5 juin 1889, un nouveau coup de tonnerre frappe : alors qu’elle rédige une lettre dans le salon, la marquise est tuée sur le coup par un éclair à bout portant. Ces tragédies, survenues en pleine canicule estivale, font les gros titres et marquent l’histoire locale d’une aura sinistre.
Restauré par Limbourg, le château passe en 1936 à la famille d’Ursel via la dernière marquise du Chasteler, qui le lègue à son neveu, le comte Aymard d’Ursel (1923-2005). Avec son épouse Nadine de Spoelberch (1922-2007), ils en font un lieu florissant pendant quarante ans. Mais après leurs décès, le domaine sombre dans l’abandon : inoccupé depuis 2007, il devient proie aux pilleurs et aux explorateurs urbains, qui le surnomment « Château de la Police » en raison des arrestations fréquentes. Sa toiture percée et ses châssis dégradés en font un site en péril, malgré son classement.
Une Page qui se Tourne : Vente et Renaissance
Les sept enfants d’Aymard et Nadine, incapables de s’entendre sur la succession, mettent le domaine aux enchères en janvier 2016. Adjugé pour 3,725 millions d’euros à la famille Govaert, le château connaît enfin un sursis. Rénové dès l’année suivante, il échappe à la démolition et retrouve une vie nouvelle, préservant son parc agricole et son moulin emblématique. Aujourd’hui, ce « merveilleux château à l’architecte totalement pittoresque » – comme le décrivent les passionnés – invite à méditer sur les caprices du destin : d’une motte féodale à un palais néo-gothique, de la gloire aux ruines, Moulbaix renaît comme un phénix wallon, gardien d’une histoire où l’élégance côtoie la tragédie.


















