Château De La Forêt


Pays : Belgique
Visite : 2013
Type : Château
Informations : De son vrai nom « Château de Moulbaix » cet édifice est plus connu sous le nom de « Château de la Foret », notamment dans le monde de l’exploration urbaine. Situé dans la ville éponyme de Moulbaix, dans une campagne de la province de Hainaut en Belgique, le château n’est plus habité depuis 2005 suite au décès de son propriétaire, le comte Aymard d’Ursel.

Construit en 1860 par l’architecte Désiré Limbourg sur un vaste terrain forestier de 62 hectares, le château de la forêt est aujourd’hui la propriété de la famille Govaert suite à son rachat aux enchères en 2016. Le château est aujourd’hui habité et à été presque totalement rénové.

Son style néo-médiéval unique et remarquable en fait un bijou d’architecture. Parée de onze impressionnantes tours crénelées la bâtisse construite en brique et pierre de taille ne compte pas moins de 344 fenêtres.

Lors de mon passage en 2013, le château subissait alors les dégâts du temps, notamment à cause des vols répétés et de l’infection de la mérule dans la plupart des pièces. Il était tout de même étroitement surveillé et réputé infaisable par beaucoup d’explorateurs de l’époque et fût pour cette raison également appelé « Château De La Police ».

Implanté dans une grande clairière au milieu d’un bois dense, le bâtiment n’offre aucun angle de vue depuis les routes qui le bordent. C’est en général un argument en notre faveur puisque permettant de chercher un accès sans devoir se soucier du monde autours. Cependant la difficulté réside ici ailleurs, les gardiens effectuant des rondes régulières dans l’enceinte du la propriété, y compris à l’intérieur. Pour ne pas simplifier les choses ils sont également réputés pour connaitre chaque recoin et chaque détail du château. Un fil de fer retiré, un barreau déplacé, une planche légèrement tordue… rien ne leur échappe. Nombreux sont les explorateurs pouvant témoigner de leur détermination.

De ce fait nous faisons donc le choix d’y entrer de nuit et d’y dormir afin d’être présents à l’intérieur dès le lever du soleil. Nous aurons beaucoup de temps à attendre mais très peu à photographier, le challenge est de taille.

 
 

Un Plan Solide


Le rendez-vous est fixé. Nous serons une équipe de 6 personnes (ce qui avec du recul me parait totalement suicidaire je dois le reconnaître), certains arrivant de France, d’autres de Belgique. Afin de ne pas éveiller les soupçons nous avons convenu de nous retrouver dans la ville voisine de Moulbaix, Ligne.

Nous arrivons aux environs de 23 heures sur le parking de la gare, après quelques mots échangés et une mise au point sur le plan d’attaque nous récupérons nos affaires, de la nourriture ainsi que nos appareils photos et laissons nos véhicules ici pour la nuit.

Le chemin jusqu’au parc du château, long d’environ un kilomètre, se fait par un axe discret ne disposant pas d’éclairage publique. La difficulté résidera surtout dans le fait de ne pas se faire repérer par une éventuelle voiture, les quelques personnes qui pourraient passer par ce chemin à cette heure de la nuit résideraient alors probablement dans le village de Moulbaix. Et les habitants sont bien au fait de la présence opportune des explorateurs.

Et justement lors de notre marche nocturne une voiture passe, nous obligeant à nous dissimuler dans le champs que nous longions. Après cette interlude nous atteignons rapidement l’entrée du terrain privé, le domaine de 62 hectares presque intégralement boisé. Nous passons entre quelques barbelés antiques et nous retrouvons un bois dense et sombre.

Afin de ne pas être repérables nous avançons dans le noir avec de petites lampes rouges. Nous enjambons les racines d’arbres centenaires et les trous dissimulés sous les feuilles. Après avoir brièvement perdu l’orientation nous trouvons finalement la clairière dégagée et remarquons au loin l’imposante silhouette de notre proie.

L’ambiance est très particulière, un calme incroyable règne dans ce lieu, en particulier la nuit. Nous avançons prudemment vers le château et commençons à chercher la faille qui nous permettra d’accéder en son sein. Nous tournons quelques minutes, chacun cherchant le meilleur moyen de rentrer. Certains accès semblent utilisables mais relativement dangereux.

Après concertation nous décidons de dégager un accès par la fenêtre d’une des caves du château. On remarque que l’un des barreaux semble avoir été découpé il y a longtemps et qu’une planche y a été solidement fixée derrière à l’aide d’une poutre de soutien. Tout l’enjeu réside dans le fait de ne rien laisser d’apparent dans notre intrusion, d’abord afin de ne pas être repéré dans l’éventualité d’un passage spontané des gardiens, mais également car il est inacceptable pour nous briser quelque chose dans l’espoir de pénétrer le château.

Nous réussissons à retirer cette planche et à nous glisser, chacun notre tour, dans la pénombre de la cave du château. Nous peinons à refixer proprement la planche à l’aide de la poutre, mais à l’issue d’un effort commun nous réussissons à nous barricader proprement. La nuit peut commencer…

 
 

Un Univers Riche Et Vaste


Nous avançons en groupe à la recherche de l’escalier qui nous amènera au rez-de-chaussée. Je peux observer au passage que de nombreux objets, mobiliers, vêtements, bouteilles de vin, sont stockés ici depuis plusieurs années. Le luxe de ce lieu est remarquable même dans la cave !

L’escalier trouvé nous grimpons à l’étage supérieur et tombons sur une imposante porte de bois sculptée. En la poussant nous tombons immédiatement sur une gigantesque pièce richement décorée. Meubles antiques et moquettes luxueuses, tissus chics et moulures uniques. Tout ici témoigne de la richesse de ce château et de ses occupants successifs.

Nous nous rendons vite compte que beaucoup de portes du rez-de-chaussée sont fermées à clés, nous obligeant à monter et descendre constamment pour accéder aux différentes parties du château. Probablement une astuces des gardiens pour ralentir les vols.

Nous devons repérer les lieux dès notre arrivée et trouver un endroit ou passer la nuit en attendant la lumière. Mais surtout, lorsque la lumière sera là nous devrons agir vite et efficacement. Il faut dès à présent mémoriser la position des pièces et leurs configurations.

Nous évoluons dans l’obscurité au milieu d’un impressionnant couloir revêtu de marbre. Les nombreuses chambres que nous avons vu en photo tant de fois nous apparaissent enfin. Nous descendons le fameux et dantesque escalier en marbre d’époque, arboré des tableaux de ses anciens occupants posant fièrement. L’ambiance est indescriptible. Je suis stupéfait mais reste sur mes gardes, nous ne sommes pas sensés être ici…

Nous choisissons de nous installer dans l’un des salons d’époque disposant de nombreuses banquettes qui, bien que poussiéreuses, sont très confortables et nous permettrons de dormir quelques heures si besoin.

 
 

Court Mais Intense


Nous avons apporté de quoi passer la nuit, des bougies pour l’éclairage, du pain frais et des bonnes rillettes du Mans apportées de chez lui par quelqu’un du groupe. Tradition belge oblige, une quantité « suffisante » (le mot est sujet à controverse ici !) de bière y est jointe. De quoi attendre patiemment que le soleil daigne se montrer.

Les heures défilent lentement, l’excitation commence à laisser place à la fatigue, je somnole dans mon canapé de luxe, pensant aux scènes de vie qui ont pu se dérouler ici. Vivre de cette manière, dans ce décor, parait terriblement irréaliste. Et pourtant, en scrutant la pièce dans l’obscurité, je peux entrevoir la richesse et le grandiose dans chaque recoin. Ne parvenant pas à dormir nous continuons à discuter et rire de fatigue.

A 5 heure du matin, le jour commence enfin à s’annoncer. Il n’y a pas encore suffisamment de lumière pour que nos appareils captent de manière digne les scènes du lieu. C’est l’occasion de se dégourdir les jambes, de revisiter les pièces et de commencer à visualiser les scènes.

Aux environs de 6 heure la lumière domine suffisamment pour s’immiscer au travers des volets troués des chambres du coté sud. Nous installons nos appareils, chacun dans une pièce, et commençons à prendre nos photos. Les couleurs apparaissent au grès des minutes qui avancent.

Le lieu est si vaste et nous avons si peu de temps. Combien ? Nous ne savons pas exactement, nous pronostiquons une ronde des gardiens aux environs de 8 heure. Moins de deux heures pour couvrir tant d’espace, c’est impossible. Cela ne peut être fait de manière correcte en un seul passage.

La frustration me gagne mais je continue inlassablement à cadrer, déclencher, vérifier, changer de pièce. Je n’ai pas le temps de m’imprégner, la volonté d’immortaliser prend le dessus.

 
 

Mission Complete


Aux environs de 8 heure tout le monde se rejoint devant l’accès. Je comprends que les autres sont également frustrés et n’ont pas non plus eu le temps d’immortaliser l’intégralité du lieu. Mais il serait idiot de se faire prendre maintenant.

Nous avons tout de même l’essentiel dans nos appareils et nos souvenirs dans la tête. Nous sortons efficacement du château par le même accès et le refermons sans parvenir à le renforcer aussi efficacement qu’avant notre passage. Mais nous n’avons pas le temps et être exposé dans cette grande clairière nous met en position de faiblesse.

Nous rejoignons rapidement le bois et, dissimulés dans les herbes et arbustes, je vois que des sourires commencer à se dessiner sur les visages de chacun. Le sourire satisfait d’un travail accompli et d’un succès atteint.

Nous rempruntons, de jour cette fois, la route qui nous a amené la veille, les souvenirs défilent, la fatigue rend les pas lourds. Nous rejoignons finalement nos voitures et, affamés, décidons de manger quelque chose avant de reprendre la route vers un autre château. Une personne en scooter s’arrête au feu rouge juste à coté de nous et nous observe de manière insistante. Le feu passe au vert, le scooter démarre et fait immédiatement demi tour pour venir s’arrêter juste devant nous. L’homme descend et, sans poser aucune question, prend les plaques d’immatriculation de nos véhicules en photo, remonte sur son véhicule et roule à toute vitesse en direction du château.

Il est temps de partir… au plus vite.

Ce moment restera l’un des plus intenses et mémorables de ma carrières d’explorateur.

 

Photos