Au cœur du parc central de Tskaltubo, le Sanatorium Tbilissi incarne la grandeur du thermalisme soviétique dans son style stalinien tardif.
Une construction emblématique des années 1950
Construit entre 1950 et 1951, ce sanatorium fait partie des premiers grands établissements édifiés lors de l’expansion massive de la station thermale sous l’ère soviétique. Il a été conçu par les architectes V.K. Oltarzhevski (ou Oltarzhevsky) et B.A. Sobolevski dans un style « late Stalinist » : austère, monumental et tranchant, avec des lignes nettes, des colonnes, des arches et des éléments décoratifs classiques.
D’une capacité d’environ 303 lits, le bâtiment de sept étages se dresse sur le côté nord-est du parc. Sa façade imposante est gardée par deux griffons ailés (créatures mythiques à corps de lion et tête d’aigle) qui accueillent les visiteurs à l’entrée principale – un détail architectural frappant souvent comparé aux griffons de l’hôtel de ville de Tbilissi. À l’intérieur, on trouvait des chambres confortables, des salles de soins, une cour intérieure et même une terrasse panoramique sur le toit offrant une vue exceptionnelle sur la ville et les environs.
Comme les autres sanatoriums de Tskaltubo, il était destiné aux travailleurs et cadres de l’URSS (notamment du ministère des Communications dans ses premières années). Les curistes venaient pour deux semaines de repos et de traitements grâce aux fameuses eaux minérales radonées et carbonatées (température 33-35 °C), prescrites pour soigner les troubles circulatoires, nerveux et musculo-squelettiques. Le séjour était en grande partie subventionné par l’État via le système des « putevki » (bons de vacances).
De la gloire soviétique à l’abandon
Avec l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, le flux de visiteurs s’est arrêté net. Les sanatoriums, privés de leur modèle économique centralisé, ont été désertés. En 1992-1993, lors de la guerre en Abkhazie, des milliers de familles de déplacés internes (réfugiés géorgiens) ont trouvé refuge dans les bâtiments vides de Tskaltubo. Le Sanatorium Tbilisi a accueilli plusieurs dizaines de familles qui y ont vécu pendant plus de trente ans, transformant les chambres en logements de fortune.
Aujourd’hui, le bâtiment est en pleine rénovation (depuis environ 2023-2025). Il fait partie du nouveau plan directeur de Tskaltubo visant à relancer le tourisme thermal. Il sera transformé en un hôtel moderne de 122 chambres sous enseigne Marriott. Les échafaudages recouvrent la façade, et l’accès est généralement fermé au public (attention aux chiens errants si vous passez à proximité).
Un symbole architectural
Le Sanatorium Tbilisi représente le passage du style stalinien classique (colonnes, symétrie, monumentalité) vers les expérimentations plus modernes qui suivront dans les années 1960-1970 à Tskaltubo (brutalisme, formes audacieuses). Sa position dominante, ses griffons majestueux et sa terrasse panoramique en font l’un des édifices les plus photogéniques et reconnaissables de la ville.
Il incarne parfaitement le destin contrasté de Tskaltubo : joyau du « droit au repos » soviétique, refuge pour les déplacés de guerre, puis vestige en cours de renaissance touristique.






















