L’Ancienne Prison du Vert-Galant au Mans
Au cœur du Mans, dans le quartier du Vert-Galant, se dresse un édifice chargé d’histoire. Ce nom évoque le roi Henri IV, surnommé le « Vert Galant » pour ses nombreuses conquêtes amoureuses. L’ancienne prison du Vert-Galant, aussi appelée maison d’arrêt du Mans, cache un passé bien plus ancien qu’on ne l’imagine.
Des Nonnes aux Barreaux
Les Visitandines fondent ce couvent vers 1723. Elles construisent une belle chapelle et un cloître dans le style Régence. Jusqu’à la Révolution française, les religieuses y vivent dans le recueillement et la prière.
En 1793, la Révolution déclare le couvent bien national. Les autorités expulsent les nonnes. Quatre ans plus tard, en 1797, les bâtiments changent radicalement de vocation. Ils accueillent désormais le palais de justice et une maison d’arrêt. Les autorités murent les arcades du cloître pour isoler les prisonniers. La cour paisible devient une cour de promenade pour détenus. C’est ainsi que naît la prison du Vert-Galant.
Au XIXe siècle, le complexe s’agrandit. On ajoute une gendarmerie en 1820. On construit aussi une prison pour femmes à proximité. Le palais de justice reste sur place jusqu’en 1991. La maison d’arrêt reçoit toutes sortes de détenus : criminels de droit commun, débiteurs insolvables, et même des prisonniers de guerre allemands pendant les conflits mondiaux. Les conditions restent très dures. La surpopulation y est chronique.
L’Ombre de l’Occupation
L’Occupation allemande marque la période la plus sombre du Vert-Galant. Dès juin 1940, les nazis occupent la Sarthe. Les prisons se remplissent rapidement. En 1944, ils ouvrent une annexe appelée « prison des Archives » dans un ancien bâtiment militaire. Cette annexe sert à la détention préventive des résistants sarthois. De nombreux patriotes passent par ces murs avant d’être déportés vers Dachau ou Buchenwald.
Camille Houdbine témoigne encore de cette époque. En 1944, les Allemands l’arrêtent pour de simples sabotages. Il partage la cellule n°6 avec Luis, un républicain espagnol. Un jour de marché, Houdbine bouscule ses gardes et s’évade dans la foule. À 90 ans, il revient sur les lieux et raconte : « J’étais dans la cellule n°6 avec Luis ». Une plaque commémorative, posée par la Ville du Mans, rappelle aujourd’hui cette mémoire douloureuse.
La Fin d’une Époque et une Renaissance
Avec le temps, le Vert-Galant accumule les problèmes : vétusté, surpopulation et proximité du centre-ville. Le 10 janvier 2010, les autorités transfèrent les derniers détenus vers la nouvelle maison d’arrêt des Croisettes, à Coulaines.
Le bâtiment reste vide pendant quelque temps. Des explorateurs urbains viennent y rôder. À partir de 2016, la ville lance une grande transformation. Les équipes détruisent les cellules pour libérer l’espace. Elles préservent cependant la chapelle et les arcades classées. Elles aménagent une cour arborée de 1 000 m² à la place de l’ancienne cour de promenade.
Aujourd’hui, le site s’appelle La Visitation. Il retrouve une nouvelle vie. On compte une quarantaine d’appartements dans les étages du cloître. Des boutiques, des restaurants et un hôtel s’installent. Une scène de jazz occupe même l’ancienne infirmerie. L’hôtel particulier Leprince et les jardins en terrasses complètent ce quartier revitalisé.
Le Vert-Galant n’est plus une prison. Il devient un palimpseste vivant. Sous les terrasses verdoyantes, les ombres du passé persistent encore. Ce lieu, passé de la prière à la punition, puis à la liberté, invite les promeneurs à réfléchir sur les cycles de l’histoire.































































