Au cœur de Tskaltubo, station thermale légendaire de l’ouest de la Géorgie, se dresse le Sanatorium Metalurgi, l’un des plus emblématiques vestiges de l’ère soviétique.
Construit en 1957 par les architectes Valerian Kedia et I. M. Solovyova, cet imposant bâtiment de quatre étages incarne le style néoclassique stalinien (Stalin-Empire) : façade majestueuse, grande arche vitrée de près de 10 mètres de haut ornée de sculptures en pierre, colonnes, balcons intérieurs et lustres monumentaux. Destiné aux travailleurs de la métallurgie – mineurs et sidérurgistes de l’Union soviétique –, il faisait partie du vaste réseau de sanatoriums de Tskaltubo, où le repos et les soins étaient un droit constitutionnel pour les prolétaires.
Grâce aux sources d’eau minérale radioactive (radon-carbonatée) découvertes depuis le Moyen Âge et exploitées intensivement à partir des années 1920, Tskaltubo devint l’un des plus grands centres de balnéothérapie d’URSS. Jusqu’à 125 000 personnes y venaient chaque année, munies de leurs « putevki » (bons de séjour offerts par les syndicats). Le Metalurgi accueillait les ouvriers de la métallurgie pour des cures de deux semaines : bains thermaux, électrothérapie, repos forcé et promenades dans les parcs luxuriants. À son apogée, le sanatorium respirait le luxe soviétique : grands halls, salle de théâtre/ballroom avec balcons internes, plafonds richement décorés et jardins soignés.
L’effondrement de l’URSS en 1991 sonna le glas de cette époque dorée. Les financements d’État disparurent, le tourisme soviétique s’évapora et la plupart des sanatoriums furent abandonnés. En 1992-1993, la guerre d’Abkhazie poussa des milliers de réfugiés géorgiens à fuir leur région. Près de 8 000 d’entre eux trouvèrent refuge dans les bâtiments vides de Tskaltubo. Aujourd’hui encore, plusieurs dizaines de familles (une centaine selon les périodes) vivent dans les anciennes chambres du Metalurgi. Elles ont transformé les couloirs en espaces de vie improvisés, bricolant l’électricité et l’eau courante.
Malgré le temps et le manque d’entretien, le Metalurgi reste l’un des mieux préservés de la ville. Son grand vestibule circulaire avec son lustre imposant, ses marbres qui se dégradent lentement, ses balcons intérieurs et son immense salle de bal à l’arrière continuent de fasciner. La végétation envahit les jardins autrefois impeccables, et certaines pièces offrent une atmosphère particulièrement mélancolique, entre grandeur déchue et traces de vie quotidienne.
Classé monument du patrimoine culturel géorgien en 2021, le sanatorium Metalurgi incarne parfaitement l’esthétique de la ruine soviétique : la beauté brute du béton et du stuc qui se craquelle, la poésie silencieuse d’un lieu où l’Histoire semble s’être figée entre Staline et la guerre d’Abkhazie.
C’est cette tension entre splendeur passée et abandon contemporain que capturent les photographies : un témoignage visuel de la fin d’un empire et de la résilience humaine.






























